Twins Memory (Mon Petit Poney, yuri, fr)

Twins Memory (Mon Petit Poney, yuri, fr)


TWINS MEMORY

Auteur : PonyCroc
Fandom : My Little Pony : Friendship is magic
Connaissance du fandom : poneys. Entre autres choses qui se baladent.
Genre : d’après les tags du site #tranche de vie #triste #romance (et #normal, quoi que « normal » puisse bien signifier dans une fanfiction de poneys)
Rating : on va dire K+, mais comme j’évolue dans un fandom qui sous-évalue ses ratings, c’est peut-être T.
Etat : terminé.
Personnages : poneys. Si si, je vous assure.

Twins Memory, 6 chapitres, 25 500 mots, terminée.
Disponible sur mlpfictions.

Résumé : C’est étrange cette sensation, quand on s’inquiète pour quelqu’un. Bien sûr je ne t’ai jamais négligée sœurette, mais je devais avouer qu’en général, c’est toi qui t’occupais de moi. Toi qui veillais à ce que je me sente bien et à ce qu’il ne m’arrive rien de fâcheux. C’était normal après tout, c’était toi la plus grande. Même si tu n’étais plus vieille que de deux minutes, tu avais toujours montré un caractère plus téméraire et sûr de toi. Moi, j’aimais juste être avec toi et j’étais prête à te suivre partout. Par moment, je me demandais même si nous avions réellement le même talent. Tu avais toujours eu envie de créer ce spa où tu pourrais prendre soin des gens, moi, je voulais juste te suivre et faire comme toi. Peut-être que ma Cutie Mark en a fait de même…

Avis :
Ceci est un avis rédigé par Vuld, posté initialement sur mlpfictions et reposté ici avec son aimable permission. Et il est très long, car le renard est très bavard…

––

Je ne prends aucun risque à dire que Twins Memory est une fiction cool. Elle est dans mes favoris et dans les coups de cœur de l’équipe, elle a des avis massivement positifs et j’en passe… mais qu’est-ce qui fait, au juste, qu’elle est bien ?

Avant de devoir y répondre, et donc de spoiler pas mal, dressons un tableau général.

Twins Memory est l’histoire d’Aloe, l’une des juments du spa qui sont jumelles parce qu’on peut. Ces derniers temps Lotus (la sœur jumelle, donc) agit bizarrement et est en train de saborder leur quotidien. Aloe tente de recoller les morceaux et, dans la foulée, de comprendre ce qui arrive à sa sœur.

Premier point remarquable du récit : le cadre. Twins Memory nous plonge dans le quotidien des bains de Ponyville avec sa propre routine, crédible, les clientes, le repas et le livre de comptes. Rien que pour découvrir ce quotidien la fic’ vaut le coup, et on pourrait presque s’intéresser uniquement aux aléas de leur entreprise (que quelqu’un écrive un tel texte sur les frères FlimFlam, siouplait).

Second point remarquable du récit : les personnages agissent. Ça devrait aller de soi mais une routine inviterait au contraire le héros à être passif, et les poneys à faire des trucs inutiles. Ici Aloe se bouge le train dès le départ et chaque geste contribue plus ou moins à l’intrigue, y compris les plus anodins. Quand elle doit s’occuper d’une cliente au lieu de sa sœur ? Elle est aussi pressée que nous d’en finir.

D’où le troisième point remarquable : les détails. Comme toute bonne romance (ou autre texte triste) le texte regorge de petites « attentions », de petits gestes qui expriment les émotions :

« Je passai mon sabot rose le long de sa robe bleue avant de le faire glisser sur sa crinière… »

Phrase tirée du troisième paragraphe du premier chapitre, c’est dire si ça commence tôt. Ce genre de détail se retrouve partout et permet de s’immiscer, pour ainsi dire, d’abord dans la relation fraternelle (mais au féminin) puis dans la relation amoureuse… plus ou moins. Ces détails contribuent surtout, avec les pensées d’Aloe, à l’atmosphère constante du texte qui en fait son principal intérêt.

Mais pour moi ce texte a une quatrième force, et peut-être le plus important à mes yeux, qui en fait même le plus grand intérêt : la relation est équilibrée. Et là je suis forcé de spoiler.

Il est temps de spoiler

Le premier chapitre en lui-même aurait déjà fait un excellent one-shot, ouvert certes mais suffisant en ce qu’il posait à lui seul un monde. À la fin Lotus va se lamenter dans une forêt et cela ouvre tellement de possibilités que rien qu’à ce stade le texte a réussi son boulot. Mon hypothèse préférée, à ce stade, était que Lotus était morte et qu’elle hantait toujours sa sœur, vu que cette dernière ne pouvait pas s’en passer. On pouvait penser n’importe quoi, le texte offrait autant d’indices que de questions, perso’ j’étais content.

Par la suite Lotus s’avère effectivement morte et celle qu’on voit n’est pas un fantôme mais un changelin, femelle et reine, qui va tomber amoureuse d’Aloe parce que ta gueule. J’avoue qu’avec le recul c’est une bonne question, perso’ si des cafards tuent toute ma famille puis qu’une cafarde me sauve la vie, bah j’aurais quand même du mal à tomber amoureux. Mais dans le texte on oublie tout cela volontiers.

Pourquoi ? Parce que c’est bien fait. Au départ Aloe n’est pas plus amoureuse de la changeline que de Lotus et Chry’ le fait plus par obligation qu’autre chose.

Question de comparer, il y avait eu un autre texte où, en plein assaut de Canterlot, un changelin tue un poney puis est secouru par une jument qui tombe amoureuse va-savoir-pourquoi et le protège. Un peu comme Ripley cachait un alien dans son placard. T’vois. La différence entre les deux textes est que dans ce second l’amour est un coup de foudre, la jument est neuneu’ ou alors elle déteste le genre équin, je sais pas. Dans Twins Memory, au départ les deux partis réagissent normalement : « moi, aimer ça ? C’t’une blague ?! » Mais ensuite la relation s’installe, forcée par les événements : Aloe désespérée y trouve un refuge, ce que la fic’ souligne plusieurs fois, tandis que Chry’ vaguement désespérée aussi y voit d’abord une charge, puis une alliée, puis plus que ça.

Bref, que j’approuve ou non, il y a bien une évolution cohérente mise en scène par le texte :

« Je veux revoir ma sœur Chrysalis. » implora-t-elle au bord du déchirement. Elle ne parlait pas d’un simple déguisement, elle voulait revoir sa sœur, comme avant.

On joue en équilibre entre amour véritable et amour mensonger, illusoire, pour d’autres raisons plus personnelles, avec un certain côté tragique si on considère que ces raisons l’emportent. Cet équilibre donne à la romance une toute autre dimension et à chaque geste une double signification.

Et là, comme je le disais, la relation est équilibrée.

Ce qui me déplaît, dans la majorité des fictions (EDIT: comprendre « romances »), c’est qu’un personnage fait tout le boulot pendant que l’autre est zombifié avec autant de libre-arbitre que Twilight durant la saison qu- okay j’arrête mais ouais, l’un des personnages dans le couple sert en général de faire-valoir, de trophée.

Dans Twins Memory, les deux personnages sont actifs et les deux ont des raisons de l’être. Aloe veut retrouver Lotus, maintenir l’illusion en même temps qu’elle apprend à aimer Chrychry’ ; et la changeline en retour doit jongler entre cacher sa nature, contenter la p’tite et apprendre à aimer Aloe. Résultat, chacune agit de son côté pour avancer ses intérêts, et tantôt ça passe, tantôt ça casse, dans les deux cas les deux ont leur mot à dire. Une vraie relation, quoi.

— Bien sûr Aloe, j’ai du mal à franchir le pas, tout comme toi. Mais on est ensemble, on peut se serrer les coudes et surmonter ça… ensemble.
— Mais moi je veux retrouver ma sœur. » dit-elle la voix tremblante en se plaquant à moi.

Alors oui, on peut nuancer mais ce qui m’impressionne le plus avec Twins Memory, et qui la met à part de beaucoup d’autres romances que j’ai pu lire, c’est ce rapport de force entre les deux amoureuses, où chacune est vivante, chacune a ses objectifs et chacune agit.

Cette relation équilibrée est pour moi le plus important, mais derrière il y a toujours au moins le cadre et l’atmosphère, donc le style.

Pour le cadre, à dire vrai, il perd assez vite en importance. L’histoire de dettes, par exemple, est vite expédiée, on hypnotise le créancier et baste. Toute l’histoire des casernes avec la maire Mare sonne assez creux aussi, même si on voit le lien avec l’histoire (notamment, à ce stade, inquiéter Chrychry’). Le cadre importait surtout dans le premier chapitre, et dans les deux suivants encore avant de devenir très secondaire. Le cadre, surtout, offre un point de vue hors de la romance et de ses enjeux, et fait retomber le texte dans un classique « changelin caché » qui bon voilà ne va pas très loin.

Donc yup, le cadre est un point fort mais qui reste assez inexploité. En même temps, le texte prend vite la forme d’un huis clos, d’un secret entre les deux amoureuses où tout se joue entre elles. Le cadre, du coup, ne devrait pas dépasser les bains et peut même devenir hostile.

La romance, elle, ne faiblit pas du début à la fin. On a des « voix tremblantes », des plaquages de corps et toute la panoplie de gestes, mais aussi des pensées :

« (…) Je commençais à m’éloigner pour enfin la quitter. J’aurais dû le faire depuis longtemps, je suis faite pour diriger des empires, ordonner des armées, conquérir des nations. « Ne m’abandonne pas ! » gémit-elle toujours allongée dans les coussins.

De l’abattement, non, de l’accablement… ou plus du chagrin, à moins que ça ne soit une dépression. Est-ce que c’était vraiment des émotions ou des états ? De la douleur, pure. C’était la seule chose que je sentais, ça n’était pourtant pas un sentiment ? Je l’avais pourtant bien senti, et même entendu, son cœur qui se brisait. Par-dessus ses pleurs et ses cris, la douleur l’avait frappée au même moment où je l’avais attaqué…

Dégoûtée… écœurée. C’était ce que je ressentais et ce que je pensais de moi en ce moment. Mon cœur aussi me faisait atrocement mal. J’avais pourtant réussi à ouvrir la porte pour voir qu’il faisait noir, le ciel étoilé semblait pourtant m’indiquer que le monde était pourtant impatient de me revoir en son centre. Les étoiles ne brillaient pas aussi fort quand vous preniez la mauvaise décision. Ces milliers d’étoiles qui me scrutaient ressemblaient à mes enfants qui me regardaient, attendant de voir ce que j’allais faire. Les étoiles ne brillent pas quand vous preniez la mauvaise décision…

Si on regarde, on a trois paragraphes avec chacun sa fonction : premier paragraphe, séparation. Second paragraphe, douleur. Troisième paragraphe, hésitation (ou plus précisément, retournement). Donc déjà là chaque paragraphe a son unité et ça c’est cool.

Mais si on note, les deux derniers paragraphes sont crêpés de pensées. Le second n’est qu’un monologue intérieur, tandis que le troisième décrit aussi l’environnement extérieur (les étoiles). Et le paragraphe qui suivra, lui, sera essentiellement descriptif, avec le retour à Aloe. Autrement dit, on a une transition « brusque » au moment de l’abandon, puis une transition progressive des pensées au retour vers Aloe : passage du monologue intérieur à l’observation du monde, au retour. C’est une bonne mise en scène.

Et ce n’est pas le plus important. Le plus important est le lieu où se trouve le paragraphe de monologue intérieur. Aloe est en train de gémir, Chrysalis de se barrer. Soudain, on n’a plus que les pensées de cette dernière. Pourquoi ?

Eh bien, déjà, pour ce côté « tempête intérieure » bien connu des amoureux, qui fait qu’on n’arrive même plus à suivre ce qui se passe autour de soi. Aussi pour ne pas avoir à entendre Aloe gémir, et donc, enfin, pour signifier qu’on est bien parti. Le monologue n’a pas juste pour rôle de causer de la pluie et du beau temps, appuyer sur « pause » et taper la discut’ avant de relancer le film : le monologue fait avancer l’action. On est sorti, on est parti, c’est fait, acté. Le personnage a d’excellentes raisons de s’enfermer, à cet instant précis de l’intrigue, dans ses pensées, et c’est ce qu’il fait (sans qu’à un seul instant le texte n’ait à nous le dire).

Donc oui, il y a pas mal de soliloques (et de dialogues) dans ce texte, mais bien placés et pertinents. Les répliques ont du poids, ce sont quasiment des passes d’armes entre les personnages. Les pensées ne sont pas juste un droit de regard, elles participent à l’action.

On les lit parce que ces pensées nous disent ce qui se passe, et pas juste ce qui s’est passé (merci on sait).

tl;dr

Donc yup, dire que Twins Memory est cool ce n’est pas difficile. Mais qu’est-ce qui la rend cool ?

À mes yeux en tout cas, trois choses : cadre, activité, style.

Ce cadre qui certes est devenu secondaire et sous-exploité (mais c’est pas plus mal) a permis de donner vie à l’univers, de découvrir un quotidien presque intime et passionnant en lui-même. Une fois encore, quelqu’un écrirait l’histoire de Trixie qui, depuis sa roulotte perdue dans les bois, veut se produire dans je-sais-plus-quel théâtre de Manehattan, et ses tribulations pour y arriver, tant qu’on a son quotidien ce texte serait probablement excellent (risqué mais si ça réussit…)

Cette activité équilibrée entre les deux personnages principaux qui rend la romance non seulement crédible mais qui, en donnant à chacun des intérêts égoïstes au-delà du seul coup de foudre obligatoire, permet une interaction en même temps tragique et omniprésente. Les personnages luttent vraiment pour leur couple et chaque fois que leur relation progresse, il y a un passif derrière pour l’expliquer. Les voir se débattre, à mon sens, est ce qu’il y a de plus touchant.

Tout cela suffirait mais PonyCroc y ajoute le style qui va bien, fait de petits gestes attentionnés partout où il a pu en mettre, et de pensées qui au lieu d’alourdir inutilement le texte le servent au contraire en participant à l’action. Le résultat est assez exemplaire, je suppose, du style à adopter pour une romance.

––

Conclusion :
C’est la première fois que je lis une rec’ aussi longue
Il n’empêche, ça me fait plaisir de la partager ici. D’autant que le point de vue d’un renard à propos d’un texte écrit par un auteur est très intéressant.

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4 réflexions sur “Twins Memory (Mon Petit Poney, yuri, fr)

  1. Hello AuBe ! J’ai arrêté de lire l’avis avec l’avertissement des spoilers parce que la fic ap priori me tente bien mais je voulais vérifier d’abord que le yuri n’était pas entre les deux soeurs (ce que j’ai lu de la fiche n’est pas clair à ce sujet) ; et comme le twinceste est l’un de mes gros « non », avant de m’embarquer dedans j’aurais aimé cette précision…

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    1. C’est une bonne question. A laquelle on peut à la fois répondre « oui » et « non ». A mon avis (qui vaut ce qu’il vaut, parce que je n’ai pas lu et n’ai pas la moindre intention de lire cette fic), la frontière entre les deux n’est pas claire, du moins au début, mais cela participe à la mise en place de la dynamique relationnelle du texte.
      Et si tu veux une réponse moins cryptique, je serai forcée d’utiliser le spoil sauvage.

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      1. Hum, non, ça ira. Si la réponse n’est pas clairement « non, le yuri est entre Machine et un 3e personnage » mais un « c’est ambigu, ne serait que pour une partie du texte », c’est qu’on est déjà dans un territoire dans lequel je ne veux pas m’aventurer. Better safe than sorry, je passe mon tour !
        Merci pour ta réponse :)

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        1. Du coup, j’ai fini par lire (pff). C’en est pas. Je pourrais presque le passer en gén s’il n’y avait pas ce troisième personnage.
          Bon, bien sûr, quand on voit de la romance partout, c’en est, hein…
          En tout cas, c’était une lecture bien sympathique, poignante et tout, avec une réflexion sur la perte de l’être aimé, le deuil et la façon de le surmonter, ce qui m’amène donc à plussoyer ma propre recommandation (ce qui est un peu bizarre, je le concède, mais zut).

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